Allô ? Monsieur B ?

Je ne sais qui a trahi ma confiance, lequel de mes interlocuteurs, commerçant ou garagiste (je soupçonne un dentiste véreux en fait) a non seulement vendu mon nom et mon numéro de téléphone fixe mais c’est un fait, malgré la liste rouge, malgré mon inscription à Bloctel , je suis de nouveau démarché par des plates-formes qui veulent m’assurer ou isoler mon logement…

J’éprouve quelque pitié pour les pauvres employés contraints d’appeler parfois du bout du monde et qui doivent être mal payés pour tenter de me fourguer leur marchandise.

Avec eux, pas de week-end, pas de soirée qui tienne, ils appellent à toute heure avec souvent une certaine résolution quand ce n’est pas forfanterie mâtinée d’agressivité et de roublardise… on veut promptement m’interroger sur des éléments qui relèvent de la vie privée, obtenir vite fait mon assentiment et si j’ai le malheur de questionner ou de critiquer un peu, je me ferai raccrocher au nez … Ce n’est pas forcément la même compagnie, mais il y a du harcèlement dans cette convergence d’appels fréquents…

La lutte est inégale.
Alors, je me venge avec délicatesse laissant l’interlocuteur débiter son discours, je raconte systématiquement des craques… lorsque je n’annonce pas mon décès, je m’invente une fausse vie….

A celui qui veut me vendre des fenêtres j’annonce vivre dans une maison troglodyte, à celle qui demande la superficie de mon garage, je m’invente un 350 mètres carrés pour mes voitures de luxe, celui qui veut me fixer un rendez-vous je l’informe de mon départ imminent pour le Mexique suivi d’une escale de quelques heures rendant impossible la réalisation de travaux… je raconte ma vie, mes problèmes de santé, ou je fais mine de ne pas bien entendre ou de reconnaître une cousine… bref, je m’évertue à leur faire perdre du temps, à les déstabiliser dans leur scénario rôdé dans l’espoir qu’ils m’inscrivent eux-mêmes en liste rouge ou noire et se promettent de ne plus jamais me rappeler.

Si je suis très en forme, les choses peuvent aller loin : un jour, un cuisiniste m’appelle, je devais passer au magasin avec ma femme afin de récupérer une petite table que j’avais parait-il gagnée… Mais il fallait que je vienne impérativement avec ma femme. J’annonçais que c’était bien ennuyeux, car mon épouse venait de décéder et se trouvait sur le lit juste à côté. Au lieu de raccrocher en me laissant pudiquement à mon deuil, l’interlocutrice navrée me dit que c’est ennuyeux, car la présence de mon épouse est exigée pour pouvoir retirer la table. Je propose alors de la porter avec moi jusqu’à la boutique mais demande si quelqu’un pourra m’aider à la charrier de la voiture jusqu’au commerce, car je commence à être un peu âgé et un corps sans vie, cela pèse lourd. Désarroi total de l’interlocutrice qui ne rit pas, mais bafouille, s’emmêle et ne sait quelle réponse donner…

Certes, il est cruel de s’en prendre ainsi à la naïveté de ces pauvres opératrices et opérateurs mais en même temps, je me dis que si tout le monde faisait comme moi et n’achetait rien à ces maisons dont on pressent que l’honnêteté n’est peut-être pas la vertu première, si on les dégoûtait tous d’appeler, peut-être finiraient-ils par nous laisser en paix ?

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