Ralentir et alléger …

Notre société de consommation s’inscrit dans la logique d’un univers en expansion dont la croissance serait sans limite. La modernité vient souvent confondre l’innovation avec le renouvellement, la nouveauté systématique est imposée au nom d’un toujours plus rapide, plus efficace, plus puissant…

Vous aviez pour vos smartphones la 3G on vous propose la 4G. Celle-ci est à peine déployée qu’on développe la 5G . Certes bien plus performante et qui permettra des échanges encore plus rapides… mais on ne nous dit rien de la problématique de minerais nécessaires à la fabrication de nos appareils… Dans cette course, la question sera : et après ?

Obsolescence programmée, utilisation de la Mode pour renouveler l’intérêt du consommateur et lui faire accélérer ses dépenses quitte à provoquer l’endettement et dépenser un argent que l’on a pas et donc … de trouver dans cette demande impérative la nécessité non plus de subvenir à ses besoins premiers mais de pouvoir répondre aux exigences d’une Société qui a déplacé son corps de valeurs sur l‘avoir et le paraître.
Ainsi l’exigence de produire toujours plus vite à un moindre coût vient-elle s’imposer partout…
La préoccupation écologique est parfois récupérée outrageusement par les industriels qui l’utiliseront comme un argument de vente alors que dans les faits elle masque un système où la massification des échanges exige forcément que l’on pousse le consommateur à acheter toujours plus pour accélérer la rentabilité à court terme.

Il viendra probablement un jour où nous serons contraints de changer brutalement nos habitudes. Le coût des matières premières, les limites imposées par les ressources d’énergie ne pourront se trouver suffisamment compensé par la recherche scientifique… Les écarts entre les plus riches et les plus pauvres s’accroissent.

D’autres modèles s’esquissent autour de l’idée de décroissance. Dès le 19ème siècle certains économistes eurent l’idée d’un argent périssable , on connaît également le Système d’échange local . Chaque système aura ses défauts.

Les citoyens-consommateurs fortement dépendants aujourd’hui de l’alimentation transformée comme d’outils numériques facilitant l’accès à des loisirs de diversion (c’est à dire facile d’accès, qui ne mobilisent guère l’esprit critique et récompensent fortement dès le plus jeune âge), sont rarement prompts à se fédérer et se structurer pour non seulement refuser un système mais surtout construire une alternative sérieuse. Si des réseaux existent, nous sommes tous devenus très individualistes et les communautés culturelles restent étanches entre elles.

Autrefois, les guerres dans une logique de crise cependant affreuse, contribuaient à rebattre momentanément les cartes lorsque l’organisation sociale devenait insupportable. Aujourd’hui le terrorisme est un instrument d’autant plus terrifiant qu’il asservi par la peur entretenue. Il permet à bon compte de limiter la solidarité entre les peuples, de se trouver des ennemis que l’on désigne du doigt se trompant évidemment de coupable.

La crise économique peut survenir à tout moment, en lien ou pas avec des crises militaires soigneusement entretenues à des coûts monstrueux afin de différer le changement d’organisation rendu pourtant nécessaire.

L’asservissement auquel nous nous plions est rude et il est difficile d’y échapper.

Nous sommes souvent bien faibles avec notre propre attitude. Pas aussi solidaires que nous le pourrions, nous cédons pour notre propre vie à la facilité : nous consommons beaucoup de produits transformés, nous préparons des repas où il y aura du gaspillage, nous offrons des cadeaux qui ont peu d’utilité même esthétique, nous envahissons notre temps avec un abus de médias et nous disons manquer de temps… nous laissons nos voisins dans la misère, nous oublions nos anciens, nous sommes doués pour les éloges funèbres, moins pour aimer les gens de leur vivant…
Nous pestons contre les faibles délais que nous laisse notre patron mais nous mettons à notre tour la pression aux équipes avec lesquelles nous travaillons…

Sur la route, nous préférons protester contre les radars, nous mettre en danger et en stress pour « rouler des mécaniques » parce qu’il serait humiliant de se laisser dépasser… mais céder à l’ivresse de la vitesse est si bon !

Notre budget est serré mais nous achetons des objets inutiles, nous voulons tel ou tel appareil, nous pensons que notre enfant sera déçu s’il ne reçoit pas ce cadeau dont tout le monde parle…

Nous perdons du temps et nous en manquons. Nous nous mettons la pression et nous en souffrons. Même les vacances sont transformées en compétition : qui fera le plus de choses, partira le plus loin possible, visitera le plus grand nombre de pays… Nous voulons nous détendre mais nous nous punissons en nous enfermant dans des embouteillages polluants…

Les « lents » ont mauvaise presse. On dit souvent pour dénigrer une personne qu’elle a « l’esprit lent ».
Mais chacun peut avoir son rythme et la précipitation favorise rarement la bonne prise de décision.
On voit bien aujourd’hui comment les réseaux sociaux s’emballent comme un cyclone tournoyant sur lui même autour d’un sujet qui sera la focale unique pendant un bref temps avant de céder la place à une nouvelle question plus ou moins importante et significative … et les esprits s’échaufferont un temps, sur un mode en général binaire avec très peu de recul, de vision historique ou systémique.

D’aucuns prônent le repli, l’oubli d’autrui, la fermeture des portes et fenêtres, l’érection de murs … C’est se faire illusion. Et c’est affreux lorsque cela engage sur la voie de la haine ou du racisme…
S’il faut préférer les organisations démocratiques, il y a peu à attendre des partis et des responsables politiques et surtout pas à rêver d’un sauveur providentiel. Cette lucidité là n’est pas triste. Nous pouvons agir de l’intérieur, individuellement et collectivement pour nous rassurer quant à notre capacité de transformer nous mêmes un certain nombre d’aspects de nos vies.
Limiter la compétition, introduire de la fluidité, oser nous interroger dans notre propre quotidien. Revenir sur nos propres besoins…. Oser refuser nos addictions même si certaines douloureuses peuvent nous contraindre à nous faire aider…

Ralentir : sur la route, dans notre journée. Mieux regarder, entrer en relation, marcher pour réfléchir, se donner le temps de bien faire… réfléchir avant d’agir… ne pas se piéger ou s’asservir trop vite en lisant inutilement ses mails professionnels le week-end. S’il y a du bon stress dan la vigilance, il en est un mauvais dès lors que l’on veut être omniprésent, que l’on ne délègue pas…

Alléger : les repas, les dépenses, les taches que l’on se donne … les objets que l’on possède.
Qui examine sa penderie verra bien que nous ne portons souvent qu’un dixième de ce que nous possédons et ces objets accumulés au long d’une vie deviendront encombrants pour nos héritiers…
Nous laissons entrer des perturbateurs dans nos vies qui viennent inutilement nous énerver ou nous empêcher de bien penser, d’être nous mêmes… Ce besoin de faire une chose à la fois pour bien la vivre et en profiter.
Nous naviguons sur Internet mais nous méconnaissons notre propre environnement.

Dès lors que nous identifions des leviers pour ralentir et alléger nos vies, nous y trouvons des récompenses, ne serait-ce que pour faire autre chose ou nous rendre disponible à autrui.

Les autres auront peut-être un temps la tentation de nous critiquer ou d’exprimer leur réprobation, une fois dépassée leur première réaction ou leur sentiment de jalousie, ils sauront mesurer qu’ils peuvent sur nombre d’aspects eux aussi « reprendre la main » et oser fabriquer du bonheur…

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