Fin des années dix…

Depuis cet été, je n’ai pas écrit autant que j’aurais voulu. Le travail n’a pas manqué, les temps ont été assez agités et ces années resteront particulières tant à titre personnel que du point de vue de l’histoire sociale, culturelle et technologique… Je ne saurais en faire l’inventaire ici.

Mon grand-père disparut au début des années quatre-vingts. C’était hier et pourtant il serait surpris. Téléphone, télévision, réfrigérateur et congélateur étaient déjà dans sa maison, mais le Minitel , l’ordinateur, l’Internet et les smartphones n’étaient pas encore d’actualité.

Mon grand-père écrivait sur une machine à écrire Olivetti, Lettera 22 et l’on se mettait de l’encre sur les doigts en changeant le ruban. Il y avait le journal télé, mais il recevait par la Poste souvent avec un ou deux jours de retard, le journal Le Monde dont il conservait avec soin tous les numéros.

René Dumont, avec son pull-over rouge s’exprimait déjà à la télévision et sur bien des thèmes préfigurait par ses colères notre prise de conscience tardive des enjeux écologiques d’aujourd’hui.

Mais c’était aussi l’époque où chaque matin s’inventait un nouveau gadget, où le feuilleton Dallas envahissait les écrans le dimanche. Une époque clinquante mais où l’électronique restait encore modeste. Joël de Rosnay allait nous parler de systémique mais pas encore de l’homme symbiotique. Aujourd’hui des machines peuvent être commandées directement par notre cerveau. Des organes qui manquent peuvent se voir remplacés aisément. On nous raconte qu’un tétraplégique de 34 ans est parvenu à actionner un bras artificiel grâce à la seule force de sa pensée via des électrodes implantées dans le cerveau.

Des drones bientôt vous livreront à domicile ou vous espionneront à l’instar des caméras judicieusement positionnées dans la ville et votre bulletin de vote risque de ne plus être pris en compte comme autrefois dans une Société de surveillance généralisée.

Société de consommation, mondialisation et libéralisme viennent chatouiller jusqu’à notre quotidien, notre vie professionnelle, jusqu’au sens de notre activité et les écarts entre les pauvres et les riches, les tensions multiples, les conflits identitaires complexifient la possibilité de définir un avenir et un idéal joyeux.

Si j’écris tout cela, c’est qu’en exergue, chacun est invité, dans son petit chez-soi à réfléchir à l’impact de ses gestes. Chacun pressent aussi que les crises les plus graves sont devant et que nous manqueront peut-être demain de ces luxes dont nous abusons : l’eau, l’énergie, une alimentation de qualité…

Économiser, limiter l’impact de nos gestes … J’ai pourtant encore une voiture Diesel, je viens de commander un nouveau smartphone et j’ai reçu des photographies tirées sur toile commandées sur Internet, fabriquées en Allemagne et qui seront livrées à mon domicile par un véhicule d’une grande compagnie de livraison.

Cela ne sera pas compensé par la décision mise en œuvre depuis peu dans la maison, de renoncer aux serviettes en papier pour des serviettes tissu ! Ni par le désherbage à la main et dur pour mes reins.

C’est compliqué le progrès et les années 20 qui s’ouvrent bientôt devant nous, qui saurait raisonnablement dire ce qu’elles nous réservent ? Qui pourrait faire preuve d’optimisme béat et ne pas avoir peur ?

Ajoutez à cela la faiblesse des intellectuels, ou en tout cas des médiatisés et le niveau des hommes politiques, la propension de certains à se tourner vers le pire pour trouver des réponses manichéennes et forcément injustes ou inadaptées aux difficultés du moment et à venir… il y a de quoi avoir la trouille.

Et puis en même temps, ce dont je suis certain, c’est que nous en sommes arrivés au point où il va nous falloir non pas réformer, mais redéfinir nos valeurs, en profondeur, nos priorités, notre projet, chacun dans sa chacunière, à l’échelon local, mais aussi plus vaste…

Et c’est peut-être dans ce risque d’échouer, de nous tromper et des violences insoutenables que nous craignons, la chance d’avoir à oser enfin changer de paradigme pour réinventer non pas une Utopie, mais ce que nous voulons faire ici … Et cela ne pourra se faire les uns contre les autres, ni en continuant la logique de la société de consommation et de compétition mais en commençant à oser penser une société de la coopération, de la solidarité, de l’émancipation… et de l’attention à autrui… bonne logique écologique !

Très bonne 2020 à toutes et tous !

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